La Monnaie Locale Complémentaire en Charente

Sommes-nous dans une spirale psychologique du centre-ville ?

Pendant longtemps, le centre-ville allait de soi.

On y faisait ses courses sans réfléchir. On y croisait des amis. On passait devant une vitrine et on entrait parfois juste pour regarder. Le centre-ville faisait partie du quotidien.

Aujourd’hui, beaucoup de commerçants ont le sentiment que quelque chose s’est cassé.

Moins de passage. Des habitudes qui changent. Des achats qui partent sur internet. Des clients qui comparent tout en permanence. Des difficultés de stationnement. Des travaux parfois longs et compliqués à vivre. Et surtout cette impression diffuse que le lien entre les habitants et leur centre-ville s’efface peu à peu.

Pourtant, il serait trop simple de chercher un responsable unique.

La réalité est probablement plus complexe.

Pendant des décennies, le commerce reposait sur un modèle relativement stable. Les gens venaient naturellement en ville. Les achats étaient physiques. Les grandes enseignes attiraient du passage. Le centre-ville était le cœur naturel de la consommation.

Aujourd’hui, le principal concurrent n’est plus seulement la périphérie commerciale.

C’est le smartphone.

On commande plus vite. Plus tard. Depuis son canapé. On cherche le meilleur prix en quelques secondes. Et parfois, on finit même par acheter des produits dont on ne sait finalement pas grand-chose.

Thierry Courmont, de la bijouterie OREVA, attire d’ailleurs l’attention sur ce point. Derrière certains achats en ligne se cachent parfois des produits dont les normes, la traçabilité ou la qualité sont difficiles à vérifier. Le prix devient alors le seul critère de décision.

Mais au fond, la vraie question est peut-être ailleurs.

Que cherchons-nous encore dans un commerce de proximité ?

Pour Thierry Courmont, la réponse est simple : si l’on croit encore aux relations humaines, alors les commerces de proximité ont toute leur place.

Un commerce local, ce n’est pas uniquement une transaction.

C’est une discussion.

Un conseil.

Une habitude.

Un visage connu.

Un lien humain.

Delphine Denis, de Home Inclusive, partage ce constat sous un autre angle. Pour elle, un centre-ville vivant est avant tout un lieu où les habitants se croisent, se rencontrent et trouvent encore des occasions d’échanger. Une ville ne se résume pas à ses bâtiments ou à ses commerces. Elle vit par les liens qui s’y créent.

Parce qu’au fond, un centre-ville vivant n’est pas seulement un alignement de boutiques ouvertes.

C’est une ambiance.

C’est du mouvement.

C’est de la rencontre.

C’est une vie collective.

À l’inverse, si l’on ne recherche plus aucun contact humain dans nos achats, alors internet devient effectivement imbattable.

Mais le sujet dépasse largement le simple confort personnel.

Thierry Courmont rappelle également qu’en consommant auprès d’entreprises implantées localement, nous faisons circuler l’argent sur notre territoire. Les commerces financent des emplois, paient des charges, participent à la vie locale. Cet argent continue à travailler ici.

La question devient alors presque une question de société.

Que voulons-nous conserver dans nos villes ?

Car lorsqu’un commerce ferme, il n’y a pas seulement une vitrine vide.

Il y a souvent un peu moins de passage dans une rue.

Un peu moins de lumière.

Un peu moins de rencontres imprévues.

Un peu moins de vie.

Et parfois un sentiment de dévitalisation qui s’installe progressivement.

Mais les vitrines vides ne sont pas toujours uniquement la conséquence d’un manque de clients.

De nombreux porteurs de projets racontent aussi leurs difficultés à trouver un local, à identifier un propriétaire, à comprendre les démarches administratives ou simplement à savoir à qui s’adresser.

Delphine Denis souligne d’ailleurs que l’attractivité d’un centre-ville dépend aussi de sa capacité à accueillir de nouvelles initiatives. Lorsqu’une personne souhaite créer une activité, ouvrir un commerce ou développer un projet, elle devrait trouver un chemin simple plutôt qu’un parcours d’obstacles.

Alors comment redonner de l’attractivité aux centres-villes ?

Les réponses sont nombreuses.

Thierry Courmont évoque la nécessité de mieux contrôler les produits de contrefaçon ou ne respectant pas les normes européennes.

Il insiste également sur plusieurs leviers qui reviennent régulièrement dans les discussions entre commerçants : le logement en centre-ville, la sécurité, les animations, la diversification de l’offre commerciale ou encore l’adaptation aux nouveaux modes de vie.

Car un centre-ville ne vit pas uniquement grâce à ses commerces.

Il vit aussi grâce à ses habitants.

Grâce à ses logements occupés.

Grâce à ses espaces publics.

Grâce à ses trottoirs.

Grâce aux événements qui donnent envie de sortir de chez soi.

Sur ce point, beaucoup de personnes rencontrées ces derniers mois font le même constat : nous avons parfois tendance à réfléchir aux commerces sans réfléchir à l’ensemble de l’écosystème qui les fait vivre.

Les habitudes ont changé.

Les attentes aussi.

On ne recréera probablement pas les centres-villes des années 90.

Et vouloir simplement revenir en arrière est sans doute une impasse.

L’enjeu est plutôt d’inventer un nouveau modèle.

Un centre-ville où l’on habite.

Où l’on travaille.

Où l’on consomme.

Où l’on se rencontre.

Où l’on a envie de rester.

Mais cela ne pourra pas reposer uniquement sur les commerçants.

Ni uniquement sur les collectivités.

Ni uniquement sur les associations.

Personne ne relancera un centre-ville seul.

Les échanges que nous avons eus avec des commerçants, des habitants, des associations et des porteurs de projets montrent au contraire que beaucoup d’idées existent déjà.

Le défi est peut-être moins de trouver de nouvelles idées que de réussir à mieux coordonner les énergies.

Delphine Denis insiste elle aussi sur cette nécessité de créer des passerelles entre des acteurs qui travaillent souvent côte à côte sans réellement travailler ensemble.

C’est probablement là que se trouve une partie de la solution.

Faire davantage ensemble.

Mutualiser.

Coopérer.

Construire des projets communs.

Alors une question mérite peut-être d’être posée :

Et si l’avenir de l’économie locale dépendait aussi de notre capacité à refaire territoire ensemble ?

C’est dans cette logique que s’inscrit La Bulle.

Non pas comme une solution miracle.

Non pas comme l’unique réponse.

Mais comme un outil parmi d’autres pour recréer des habitudes locales, renforcer les liens entre habitants et commerçants et favoriser la circulation de l’argent sur le territoire.

Parce qu’au fond, un centre-ville vivant ne se décrète pas.

Il se fréquente.

Il s’habite.

Il s’entretient.

Et surtout, il se construit collectivement.

Portrait Marine co-ambassadrice bulle

 

Marine Grosset, Ambassadrice Bulle

Avec les contributions de Thierry Courmont (OREVA) et Delphine Denis (Home Inclusive).